Après de nombreux mois à me dire que je devais voir ce film, je l'ai finalement loué au vidéo club (pour des raisons complexes sur lesquelles je ne m'étendrais pas ici, mais j'espère que les différents témoins de ce moment auront l'obligeance de taire ma malencontreuse affaire).
Oui, je l'ai loué, et, légèrement sur mes gardes, j'ai entré le dit CD dans mon ordinateur. Là, première surprise. L'articulation des acteurs étant plus que correcte, je n'avais pas besoin de me raccrocher aux sous titre telle un chimpanzé à son bananier... et donc me plonger plus profondément dans l'ambiance du film.
Car, comme tout à chacun le sait probablement déjà, c'est bien un film d'ambiance que nous a pondu là Sean Penn. Et moi j'aime bien ça, le contemplatif, en ce moment (d'où ma passion pour l'assassinat de jesse james et ma tolérance respectueuse pour Lady Chatterley). Peut-être sont-ce les retombées de la vie dense et oppressive de la classe préparatoire, peut-être sont-ce les réminiscences de mes balades équestres, toujours est-il que la nature, les grands espaces, moi, ça me fait rêver...
J'étais donc un public plutôt conquis d'avance. Mais bon, j'ai pleuré, ce qui est déjà une preuve de la charge émotive du film (même si chez moi elle n'est pas nécessairement gage de qualité).
Enfin, à force de déblatérer j'en oublie d'évoquer le film : c'est beau, c'est bien filmé, c'est prenant, c'est émouvant. On admire ce gars là, qui chasse, marche, rêve, soutenu par une B.O. de qualité. Oui, moi j'ai bien aimé le message écolo, positif, ce lyrisme de la nature là qui questionne notre rapport à l'urbain, à la société, aux autres. J'ai été touchée par ce lyrisme qui sent la neige et l'eau fraiche des rivières (excusez l'image, je me lâche un peu j'avoue !).
Mais voilà, si j'écris cet article, ce n'est pas seulement pour réaliser un Nième, "j'ai aimé je vous le conseille". D'autant plus que c'est un film pour lequel il faut être d'humeur. Dans le cas contraire on n'entre pas une seule seconde dans son monde, dans son mouvement, son rythme lent qui se dirige immanquablement vers une fin qu'on sait inévitable. On en rirait alors, chaque phrase devenant téléphonée ou excessive. Bien sur je vois aussi dans ce film des défauts difficiles à récuser.
Mais le véritable problème est que, quand on fait des recherches, sur l'homme et non sur le personnage, on comprend toute la subjectivité de la fiction. Christopher McCandless n'est pas vraiment le jeune romantique désintéressé que le film (et le livre dont le film est tiré) présente. Ce n'est pas une icône mais un inconscient qui est mort alors que son "magic-bus" se trouvait non loin d'un gué permettant de passer la fameuse rivière en crue et d'une maison de secours comprenant médicaments et vivres. Lorsqu'on se renseigne un peu on apprend que tous les habitants du coin expliquent qu'il faut être idiot pour mourir en pleine été à cet endroit. "Alexander Supertramp" n'avait pas détruit ses papiers d'identité (on a retrouvé son porte-feuilles dans le bus) et avait conservé 300$ en vue d'un retour à la "civilisation". Quid du héros idéaliste ? Quid de l'appel désintéressé (et sans retour envisagé) de la nature ?
Bien sûr, le film soulève ses propres questions, ses propres débats. Mais le différentiel entre fiction et réalité relève ici d'un problème important : lorsqu'on réalise un "biopic", faut-il faire primer la fidélité à la personne ou à son personnage ? L'idéalisation peut-elle être considérée comme une forme de réalisme ? Filmer une Piaf ou JFK, ou le W. à venir, c'est avant tout mettre en image une image mentale dont on ne peut trop s'éloigner sous peine de heurter le public (ah, voilà le facteur rentabilité et l'inépuisable débat sur le scandale dans l'art...). Pour into the wild, Christopher McCandless devient un moyen de faire passer un message, et le symbole qu'il permet de créer dépasse non seulement les faiblesses de son existence empirique mais aussi son existence empirique elle même... (ouh là, compliqué tout ça !)
Rha, si seulement j'avais une réponse à vous apporter dès ce soir, mais il est déjà 00h44 et non seulement je dois aller dormir, mais en plus je dois préparer mon emménagement à venir et mes nerfs pour ma future rencontre avec les "esc-iens".